CR Journée d'études
« Itinéraire de la recherche : de la construction à la publication »
Secrétaires de la journée : Céline Bertrand et Sandra Menenteau
Présidents de séance : Antoine Coutelle et David Hamelin
Album photos de la journée : Journée 19 mai 06
La journée, organisée à la Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de Poitiers, débute par une rapide allocution du président de l’association, Sébastien Perrolat, qui remercie les divers intervenants, d’avoir accepté de participer à cette journée, ainsi que les membres de l’association qui l’ont organisé.
Puis, Sébastien Perrolat passe la parole à Vincent Olivier, coordinateur du Conseil scientifique, pour présenter le thème et les interventions de la journée. La thématique choisie pour cette première journée aborde deux aspects de la recherche : la méthodologie utilisée et la valorisation. C’est pourquoi il a été décidé de regrouper des jeunes chercheurs à divers stades de leurs travaux, master 1 et 2, doctorat, docteur, ainsi que des professionnels (archiviste, statisticien, éditeur) qui apportent leur expérience et leur aide.
Antoine Coutelle, président de séance, donne ensuite la parole à David Hamelin (doctorat d’histoire) pour sa communication sur « Construire une bibliographie : le cas des conseils de Prud’hommes dans le cadre de leur bicentenaire ».
La constitution de cette bibliographie s’est effectuée dans le cadre d’une Action Concertée Incitative (ACI) regroupant une équipe de 14 chercheurs issus de quatre disciplines différentes (sociologie, droit, histoire du droit, et histoire) à l’occasion du bicentenaire des conseils de Prud’hommes, leur création datant de mars 1806.
Trois objectifs ont été fixés au commencement de la réalisation : l’exhaustivité, qu’il a été impossible d’atteindre, l’interdisciplinarité, relative car certaines disciplines comme la sociologie sont sur représentées au détriment d’autres telle l’histoire, et l’ouverture à des personnes non universitaires. Le nombre de références recensées se monte à 900 titres.
Plusieurs outils ont été utilisés pour commencer ce recensement : le Catalogue Collectif de France, le Sudoc, la base de données Francis, la Bibliographie annuelle de l’histoire de France, le fichier central des thèses.
La construction de la bibliographie s’est effectuée autour de 5 entrées : Généralités, Histoire de la justice, Travail, syndicalisme et justice, Structure et fonctionnement des Prud’hommes, Acteurs. Ces 5 entrées répondent aux problématiques retenues au début du projet, mais se pose alors la difficulté de faire rentrer toutes les références dans ces catégories. Une telle organisation de la bibliographie permet de faire apparaître les vides de la recherche et fournit d’éventuels sujets d’étude.
David Hamelin termine sa présentation en indiquant que cette bibliographie sera consultable sur le site du CURAPP (rubrique ACI jeunes chercheurs).
Le président de séance, Antoine Coutelle, remercie chaleureusement David Hamelin pour son intervention et déclare la discussion ouverte.
Elise Yvorel demande quel instrument de recherche David Hamelin conseillerait pour commencer une recherche bibliographique.
Réponse : par le Catalogue collectif et Sudoc.
Vincent Olivier veut savoir quelle politique de publicité auprès des chercheurs est envisagée.
Réponse : rien de concret n’est envisagé et malheureusement beaucoup de travaux de ce type restent inconnus.
Sébastien Perrolat demande de précisions sur les financements reçus pour ce projet.
Réponse : un financement ACI et un financement de la Mission Droit-Justice, avec pour obligation des rapports réguliers et une publication des résultats.
Après ces échanges nourris entre l’intervenant et le public, le président de séance cède la parole à Adeline Sannier (master 2 d’ethnomusicologie) pour sa présentation intitulée « Méthodologie en ethnomusicologie à travers le chant militaire et sa pratique dans les Troupes de Marine ».
Ce travail est pluridisciplinaire car il mêle musicologie et anthropologie : la première discipline s’intéresse aux énoncés et à la transmission du chant militaire, alors que la seconde étudie sa pratique et son rôle social. Pour des questions de temps, il a été nécessaire de restreindre l’étude à une seule arme, les Troupes de Marine, puis à un seul régiment, le RICM de Poitiers.
Les sources mobilisables consistent principalement en des livrets et recueils de chansons fournis aux soldats. L’étude anthropologique se focalise sur un escadron en particulier, chaque escadron possédant un chant représentatif. Ceux-ci se divisent en 2 catégories : les chants utilisés durant le service et ceux à caractère festif.
L’enquête de terrain se déroule en 2 étapes : une première observation sur le régiment en entier, puis une observation plus poussée sur un escadron en particulier. L’observation est basée sur des entretiens et la participation aux activités hors service. Cette enquête nécessite que le chercheur détermine en amont sa place au sein du groupe étudié, et se familiarise avec les codes et la hiérarchie propres à ce groupe.
La principale difficulté du terrain est la disponibilité du groupe étudié, afin de mesurer la fréquence de la pratique du chant.
Le président de séance remercie Adeline Sannier pour cette passionnante intervention et ouvre les débats en demandant si le fait d’être en premier lieu musicologue a facilité l’accord des autorités militaires et l’étude du groupe social.
Réponse : oui, mais pour toute étude anthropologique il faut que le chercheur dissimule un peu le fait qu’il observe les comportements des personnes pour ne pas fausser l’étude.
Vincent Olivier demande si l’intégration a été longue.
Réponse : pour l’escadron étudié elle a été assez rapide, mais beaucoup plus difficile avec d’autres.
Elise Yvorel demande si son statut de jeune femme a été gênant.
Réponse : au contraire, cela a été un atout.
Sébastien Perrolat remarque que l’un des exemples de chant présenté évoque Sarajevo et veut savoir si les textes changent selon les événements et les campagnes effectuées.
Réponse : le chant en question a été écrit après les conflits en Yougoslavie, et le répertoire de l’escadron date en majorité d’après la Seconde Guerre Mondiale.
Antoine Coutelle s’interroge sur la possibilité d’avoir des informations sur le texte lui-même, ces troupes étant pour la plupart des troupes colonialistes.
Réponse : il est difficile d’avoir des informations, même si l’auteur du chant peut être rencontré, comme c’est le cas pour cet exemple particulier.
Judicaël Etsila demande s’il y a une corrélation entre le chant et le corps.
Réponse : oui, surtout pendant le service où la posture, le timbre de la voix sont en rapport avec le contexte.
Sébastien Perrolat veut savoir si le commandement a demandé à lire le mémoire.
Réponse : oui.
Suite à cette discussion, le président de séance annonce une pause de 10 minutes.
La matinée se poursuit avec l’intervention d’Anna Reymondeaux (master 1 d’histoire contemporaine) sur « Archives privées : complexité, subjectivité, accessibilité. La visibilité des homosexuels à Poitiers (1975-1990) ».
Le sujet, encore peu étudié, est très politique car les politiques sexuelles sont révélatrices d’un régime. C’est à l’occasion d’un travail sur un groupe de féministes qu’un contact avec des lesbiennes, membres de ce groupe, s’est effectué.
L’historiographie est encore mince et consiste principalement en des études anglo-saxonnes (Gay Studies) ou des travaux sur le genre.
Le corpus de sources est constitué d’archives privées qui ont été trouvées un peu par hasard et avec un peu de chance. Les archives privées présentent un intérêt déjà par le fait que des personnes les ont volontairement conservées chez elles. Mais ces archives particulières mettent le chercheur devant plusieurs difficultés.
Tout d’abord, un sentiment de confiance doit s’installer entre le propriétaire des archives et le chercheur. Un premier tri est effectué par la propriétaire qui refuse que certains documents trop personnels soient consultés, ou parce que leur contenu ne semble pas présenter d’intérêt pour le chercheur, eu égard à l’idée qu’il se fait de l’étude réalisée.
Ensuite, le chercheur doit effectuer un second tri parmi les cartons qu’il est autorisé à consulter, et doit construire son objet d’étude au fur et à mesure du dépouillement.
Puis, le chercheur doit s’adapter à la disponibilité des détenteurs des documents. La prise de photos numériques a permis d’accélérer cette consultation. Le corpus s’élève à 200 photos.
Enfin, la dernière difficulté rencontrée est la formation du chercheur pour traiter des archives privées dont la conservation par ces personnes témoigne du lien émotionnel qu’elles ont avec ces documents en particulier.
Des entretiens ont été effectués. La démarche sociologique est difficilement applicable dans ce cas, puisque les personnes interrogées sont à la fois des objets de recherches mais aussi des sources d’information car elles sont les seules à pouvoir fournir des renseignements précis sur certains évènements. Se pose donc le problème de l’intégration de l’observateur au groupe étudié, mais également de la « trahison du chercheur » vis-à-vis de celui-ci.
Le président de séance remercie vivement Anna Reymondeaux pour sa communication riche et passionnante, puis donne la parole au public pour d’éventuelles questions.
Elise Yvorel fait remarquer que l’identité des individus ne doit pas être révélée, sauf dans le cadre de leur activité pour les fonctionnaires.
Réponse : les personnes auditionnées n’ont jamais demandé l’anonymat, leur témoignage étant pour eux une continuation de leur activité militante.
Gwenaëlle Jamesse conseille de consulter la sous-série 4M des archives départementales pour trouver d’éventuelles informations dans les archives du préfet et sur les migrations.
Après une discussion nourrie entre l’intervenant et le public, le président donne la parole à Elise Yvorel (post-doctorat d’histoire) pour son intervention, « La soutenance : entre appréhension et impatience ».
Le jury de thèse est composé de 3 à 5 membres. Il est préférable d’avoir un nombre impair de personnes afin de faciliter le vote. Le doctorant doit désigner 2 rapporteurs parmi le jury, qui doivent être extérieurs à l’Ecole doctorale à laquelle il appartient, et habilités à diriger des recherches. Il faut également désigner le président du jury qui doit être un spécialiste du sujet, et qui ne peut être ni un des rapporteurs, ni le directeur de thèse.
Afin de pouvoir être inscrit sur la liste de qualification au Conseil National des Universités, la soutenance doit avoir lieu avant le 15 décembre, et une préinscription effectuée entre septembre et novembre. Le dépôt de la thèse est fait 2 mois avant la soutenance.
Durant ce délai, il est utile de rédiger plusieurs résumés de la thèse qui seront nécessaires pour postuler à divers postes et monter des dossiers. Il est aussi conseillé de profiter de ce laps de temps pour chercher un poste (post-doctorat, ATER, postes CNRS…).
Pour une soutenance, de master ou de thèse, le premier conseil est de respecter le temps de parole. Il faut commencer par présenter la problématique et les éventuels changements qu’elle a connus. Ensuite, expliquer les raisons pour lesquelles un tel sujet a été traité, en exposant rapidement les raisons personnelles, puis les raisons scientifiques. Enfin, faire un rappel historiographique, valoriser les fonds particuliers ou nouveaux utilisés. Pour terminer, il convient de présenter les publications, participations à des séminaires et colloques qui ont été faites au cours des recherches.
Après un débat portant essentiellement sur l’évolution du cursus de la recherche en sciences humaines, les pièges à éviter lors de la réalisation d’une thèse, les nombreuses bourses et autres financements existants, mais qui par manque de communication sont très peu connus, le président de séance clôt la matinée.
La séance de l’après-midi, présidée par David Hamelin, débute par l’intervention de Pierre Carouge (directeur-adjoint des Archives départementales de la Vienne) sur « La constitution des fonds aux Archives départementales de la Vienne depuis 2001 : politique de collecte, opérations de classement, modalités d’accès ».
Malgré la construction d’un nouveau bâtiment en 1996, il reste encore dans l’ancien dépôt 6 km linéaires qui seront transférés petit à petit après l’extension du nouveau bâtiment. Les AD reçoivent principalement les archives notariales ainsi que les archives de 200 organismes différents.
Pour collecter les fonds, les AD s’appuient sur des textes de lois et des circulaires qui définissent, pour chaque service, ce qu’il doit conserver (le délai est mentionné), détruire ou envoyer. Pour les services de l’administration publique qui ne disposent pas d’instructions, une politique de conservation est élaborée directement avec les AD.
Une campagne de collecte auprès du CHU de Poitiers a été mise en place dernièrement, les archives des hospices de Poitiers étant les plus importantes du point de vue du volume notamment en matière de dossiers médicaux.
Les AD concentrent leur activité de classement sur les fonds les plus demandés : les archives notariales et les fonds de la Seconde Guerre Mondiale qui sont maintenant communicables.
Les AD ont pour objectif de rendre encore plus accessible les documents pour le public. Pour cela un site Internet a été mis en place. Ce site permet de consulter l’état des fonds, les nouveaux versements effectués, les documents communicables. A terme, la consultation de l’Etat civil sera possible via ce site (fin 2006).
Après les remerciements du président de séance, David Hamelin, pour cette communication, la discussion débute par une question d’Elise Yvorel qui demande combien de personnes composent l’équipe traitant les fonds.
Réponse : en 1996 il y avait 10 personnes, et aujourd’hui 19. Des vacataires et des stagiaires sont employés lors des campagnes de collecte.
Elise Yvorel veut savoir quelle est la politique en matière d’archives numériques.
Réponse : les AD sont prêtes pour en recevoir mais n’en ont pas eu l’occasion jusqu’à présent.
Sébastien Perrolat demande si la consultation du site sera payante.
Réponse : en principe non.
Sébastien Perrolat demande quelles sont les archives versées pour l’instant par le CHU.
Réponse : principalement celles qui relèvent de l’administration.
Vincent Olivier veut savoir si les AD sollicitent des dépôts d’archives et qui demande à consulter les fonds de la Seconde Guerre Mondiale.
Réponse : non, elles se contentent de répondre à la demande pour les archives privées. Les fonds de la Seconde GM sont surtout consultés pour des recherches familiales et encore peu pour des recherches universitaires.
Anne Jollet veut savoir si les AD acceptent de conserver des imprimés (livres, revues).
Réponse : pour les bibliothèques privées les AD préfèrent renvoyer le dépôt vers des bibliothèques ou des médiathèques. Concernant les périodiques, seuls ceux présentant un intérêt local sont conservés.
La discussion étant achevée, le président de séance donne la parole à Gérard Rosset (directeur de l’Unité Mixte de Service « Ressource pour la Recherche Justice) pour son intervention sur « L’utilisation du chiffre ».
L’Unité Mixte de Service 2RJ est un laboratoire affilié au CNRS. En tant que statisticien G. Rosset collabore avec des chercheurs et des professionnels de justice.
Le chiffre doit être un complément et être expliqué par les autres démarches constituant l’étude (entretiens par exemple).
Lors d’une étude sur une longue période, il faut déterminer des périodes charnières, tels que les changements réglementaires ou législatifs, les évolutions sociales. Il est nécessaire ensuite de choisir la variable. Il est important de s’interroger sur le processus de production du document étudié. Enfin, il faut constituer une nomenclature qui doit être la plus fine possible, agréger les éléments a posteriori étant plus simple que de les séparer les uns des autres.
Le président de séance remercie vivement Gérard Rosset pour cette intéressante présentation et déclare la discussion ouverte.
Un étudiant veut savoir sur quelle statistique il est préférable de baser une réflexion, ceux des Ministères ou ceux des médias.
Réponse : il faut toujours être prudent et surtout comprendre de quoi parlent les statistiques.
Elise Yvorel fait remarquer que l’apport de la statistique dans un travail de recherche en histoire peut être extrêmement utile.
Pour conclure Gérard Rosset ajoute que l’association de statisticiens Pénombre (pénal + nombre), à laquelle il appartient, traite du problème des statistiques criminelles.
Le président de séance donne ensuite la parole à Olivier Barreau (responsable de Geste Editions), dernier intervenant de la journée, pour une communication intitulée « Les relations auteur / éditeur ».
Geste est un éditeur régionaliste qui travaille sur le centre ouest français. La maison édite ses propres publications, mais s’occupe aussi de diffuser et de distribuer des produits d’autres éditeurs de la région (ce qui représente 60% de l’activité des éditions). La maison d’édition est indépendante car elle ne vit que grâce au marché.
Un éditeur met en place une politique d’édition : « financer des travaux universitaires même si on perd de l’argent est une des manifestations de cette politique ». Cela nécessite de posséder plusieurs collections plus rentables qui permettent de financer ces publications universitaires. Un accord peut alors être passé avec l’auteur : l’éditeur accepte de sortir un ouvrage dans une collection peu rentable en échange d’une autre publication dans une petite collection plus grand public.
Un livre de commande peut être une demande de l’éditeur auprès d’un auteur pour écrire un livre particulier, mais peut aussi être une proposition d’un auteur à un éditeur.
Depuis quelques années une transformation du marché et de l’offre en sciences humaines s’opère. Les éditeurs parisiens ne peuvent plus faire face à toute la demande, ce qui permet à des petites maisons d’éditions régionales de publier certains auteurs, notamment des universitaires.
Après avoir remercié vivement Olivier Barreau pour sa passionnante intervention, le président de séance donne la parole au public.
Elise Yvorel demande des précisions sur le terme d’éditeur régionaliste.
Réponse : la diffusion est centrée sur le grand Centre-Ouest, mais la diffusion peut être nationale si le sujet s’y prête.
Un étudiant veut savoir si la maison d’édition accepte des livres d’auteurs n’ayant pas encore publiés.
Réponse : oui.
Vincent Olivier s’interroge sur la durée de vie d’un livre dans un point de vente.
Réponse : plutôt courte.
Elise Yvorel demande s’il est intéressant d’un point de vue de la visibilité de publier dans une grande maison d’édition telles les Presses Universitaires de Rennes.
Réponse : l’intérêt de publier un ouvrage dans des presses universitaires est double. Cela donne une reconnaissance universitaire, mais permet également de ne pas tuer le sujet auprès d’un public non spécialiste, et ainsi de proposer ce travail à d’autres éditeurs.
Vincent Olivier conclu la journée en disant que celle-ci permet de retenir trois idées majeures : tout d’abord, chaque intervenant a montré qu’une étude ne peut s’effectuer que si on est passionné par sa recherche, ensuite, que la pluridisciplinarité est possible, et enfin, qu’un chercheur n’est pas seul face à son objet d’étude.
Sébastien Perrolat clôt la journée d’étude en remerciant une nouvelle fois les intervenants et les participants, et les invite au cocktail offert par l’association.
Photos de la journée :
Antoine Coutelle et Adeline Sannier
Public
Public
Elise Yvorel, Antoine Coutelle et Anna Reymondeaux
Antoine Coutelle et Anna Reymondeaux
Pierre Carouge et David Hamelin
David Hamelin et Gérard Rosset
David Hamelin et Olivier Barreau