Doctoriales 2007 : témoignages
DOCTORIALES : CARREFOUR DES SAVOIRS
Sitôt arrivé dans l’après midi, on s'est régalé dans la bonne chair conceptuelle avec au menu un proverbe de la sagesse chinoise : « L’apprentissage ressemble à l’horizon : il n’y a pas de limites ». Comprenons bien sagesse chinoise pour le goûter. Dans celui-ci deux mots fondamentaux : sagesse et horizon qui furent le sacerdoce des Anciens qui ont élaboré pour nous le trésor de la science. Autrement dit, les savants de l’antiquité, conscients de leurs défauts, ne pouvaient s’attribuer la science mais la désiraient. Ils aimaient la science, ils tendaient vers elle comme idéal grandiose et vaste programme. Donc la science non pas comme possession mais comme horizon, voilà ce qu’il convenait d’appeler savoir. Mais pourquoi les « Doctoriales » se reportent à la sagesse chinoise et non pas à celle des grecs ? Est-ce l’effet de la propagande capitaliste avec l’hégémonie chinoise qui reconfigure la carte de l’économie mondiale ? Ou bien est-ce une incitation au retour à l’humilité des grecs via l’ère du temps qu’incarne la Chine comme pays de l’avenir ? En tant que témoins oculaires et auriculaires du début à la fin, nous sommes convaincus qu’il s’agit bien évidemment d’une forme de conscientisation pour nous bergers de la science d’être plus humbles, et de mettre une dose de sagesse dans notre science à l’heure où le foisonnement des sciences nous fragilise davantage et cause notre perplexité sans précédent. Oui la science est à acquérir dans la sagesse ; sagesse du monde qui voyage sans cesse- notre maison brûle-autant que sagesse sur nous-mêmes avec peut-être un peu d’éthique.
Les « Doctoriales » à cet effet, renouvellent ce concept dans l’universel parlant. Mais comment ? Par la coordination, l’interaction, la fougue d’innover de chaque équipe de projet pour au final faire triompher l’union l’emblème de la force et de toute entreprise qui se veut euristique. Cette occasion nous a permis d’arriver à distinguer le savoir explicite (codifié) qu’on nous apprend, du savoir implicite (savoir faire). Ce dernier est un savoir tacite qui permet de créer, de sortir des situations immédiates et d’innover. Différentes particularités toutes ambassadrices de différentes branches du savoir se réunissent et forment des équipes projets qui, dans la concertation et le savoir faire sans dénigrement nulle part, s’associent pour innover, honorer le dieu de la science. Science dure et science humaine se solidarisent à cette occasion et redéfinissent le champ du savoir en essayant de concilier l’université et le monde de l’entreprise. Cette détermination dans la coordination des efforts a pourtant abouti et donné des résultats euristiques- auxquels ont participé tout le monde- dans l’émergence de projets innovants pour les besoins sociétaux, environnementaux, éthiques, du bien-être (Doctodorant), mécaniques, vitaux etc. Quelle prouesse ! Bravo aux initiateurs, aux coordinateurs et à tous les participants. Les amoureux de la science ont su sauver l’objet de leur amour en mettant en place des idées de génie qui auraient demandé peut-être des années de réflexion. Ils ont trouvé en peu de temps. Ils peuvent s’exclamer : Eurêka !
Et pourtant au départ rien n’a été évident si ce n’est l’inquiétude, l’agitation et le déchirement. Inquiétude, parce qu’on avait l’impression d’avoir été déraciné de notre terre ; le monde universitaire où il s’agit toujours de la méthode appliquée : procéder méthodiquement avec tout le temps nécessaire avant de passer à l’application. Agitation, parce que d’horizons divers, on ne pensait même pas pouvoir accoucher d’une souris. Déchirement, parce que de petites bisbilles nous opposaient parfois, mais heureusement que la maturité intellectuelle prenait en compte que « l’esprit ne retrouve sa vérité que dans l’absolu déchirement ».
Des idées se sont avortées dans ce malaise. Mais courageux et fidèles à leur amour, ils reprennent sans se fatiguer jusqu’à tard dans la soirée. C’est le cas des inventeurs de la petite poussette. Encore bravo ! Car la sagesse chinoise était pourtant en veilleuse en nous. Merci de l’avoir activé.
Quand bien même la tâche était lourde, les idées se sont mûries petit à petit et finissent par se mettre en place de manière étonnante et convaincante. Certes le jury en est le témoin objectif. Ce que Fontaine dit dans Ses Fables entre le lion et le rat, à savoir qu’ « on a souvent besoin d’un plus petit que soi », on l’a actualisé dans la dynamique des efforts autour d’une synergie pour accoucher de beaux bébés qui sont très prometteurs. Concertation, coordination, esprit d’initiative ont été nos outils. Autrement on a élaboré et schématisé des idées, et il reste à les concrétiser dans l’expérience. De quoi donner raison au professeur de Berlin et à ses prédécesseurs qui ont défendu et bien compris que « Rien n’est réel qui ne soit la manifestation d’une idée ».
Les « Doctoriales » nous ont guéris de l’isolement, de la mise en place des frontières entre les différentes disciplines. Dans ce lieu on est parfaitement convaincu que savoir, c’est savoir avec autrui dans le dialogue. La perplexité dans laquelle s’englue la conscience contemporaine depuis le foisonnement des sciences nécessite l’union des différentes disciplines à travailler dans l’échange, le dialogue pour vaincre l’ignorance et sauver notre planète qui voyage à une vitesse de plus en plus exponentielle.
L’avantage des « Doctoriales » réside aussi dans la possibilité de se réorienter ; avec plus de curiosité, les pistes de valorisation de soi sont ouvertes pour l’après thèse. Etaler sa connaissance dans la création de réseaux dans la mobilité et le dynamisme, l’audace de partager sa connaissance quel que soit le domaine, peuvent bien aider tout étudiant dans l’après thèse. Soit dans le monde de l’entreprise où, de la production à l’organisation du travail, s’inscrit bien évidemment, à des proportions variées, le besoin de toutes les bonnes idées quelle que soit leur origine ou leur filiation. Le monde de l’entreprise, pour qu’elle soit créatrice, nécessite une diversité des savoirs, des talents ; bref un spectre assez large car il est confronté à des situations d’urgence, de prise de décisions immédiates. Voilà de quoi s’en réjouir et inciter les autres à aller faire un tourisme de découvertes -contraire à celui du dilettante- à ce grand rendez-vous du donnant/ donnant où chaque doctorant aiguise sa curiosité pour se servir et servir le groupe auquel il est affilié.
Des liens se sont tissés entre des gens qui ne se sont jamais vus auparavant. Des amitiés se sont forgées à grande échelle avec des personnalités de sensibilités différentes, de cultures différentes, mais ni le préjugé ni les aprioris n’ont fait suffrage. Bravo l’identité, le savoir solidifiée par la différence. Ces futurs représentants du noble trésor de l’humanité (la science qui est en même temps son patrimoine), n’empêche leur jeunesse, sont d’une richesse que l’écriture ne saurait dompter, car il lui manque l’arsenal verbal pour tout dire. Et les posters dans leurs beautés parlantes, ont réuni esthétique et fonds créatif. Certains restent fidèles à la réalité présente dans ce qu’elle nous montre, nous enseigne ; ils essaient par leur dextérité d’en faire le déchiffrage, de rendre accessible son langage. Bien sûr que ce que le concept nous enseigne, l’histoire nous le montre ; sauf qu’il faille l’intervention d’élites pour le peindre sans équivoque. D’autres nous renvoient au passé dans toute sa richesse et sa splendeur bariolée. Celui-ci est dans l’évidence la zone névralgique qui a fécondé le présent. Hegel ressuscité ! « Le processus dialectique n’est que le mariage de la caducité et du présent d’où émerge la nouveauté ». Le présent n’est compréhensible que mis en rapport avec le passé, et vice versa le passé ne peut être éclairé que dans une prise en compte de la réalité présente qui le contemple. D’où une réconciliation du passé et du présent dans la mobilisation pour une raison utile. Comme pêcheurs motivés, friands de poissons, on a su montrer par des actes convaincants qu’on ne détestait pas la nage. Les idées ont présidé et gouverné, donc l’expérience a jugé. Qu’est ce que la créativité si ce n’est pas la forte mobilisation d’idées d’où prend naissance le matériel, l’objet dans sa concrétion? On n’est pas mobilisé par le souci de détecter par des radars les phases négatives des « Doctoriales », sinon on s’efforce de rester fidèle à l’idée selon laquelle « quand on prétend se régler sur quelqu’un c’est dans le bon coté qu’il lui faut ressembler ».
On s’est familiarisé un peu avec la créativité dans l’élaboration de projets d’entreprise par le truchement d’experts avertis qui nous ont épaulés dans les différentes phases de notre orientation. Tout savoir dans son mode d’acquisition exige un tant soit peu la consultation d’initiés qui s’y connaissent. Telle est l’utilité de nos directeurs de conscience. Dans ce rendez-vous du droit de l’esprit, le savoir ne se plaint pas d’être abandonné dans l’orphelinat.
Au-delà même de la réconciliation de l’université et de l’entreprise, ce qui se dessine c’est la réconciliation du savoir avec lui-même à travers ses différentes apparitions, ses différentes occurrences. Une nouvelle lueur, une renaissance de la totalité du savoir dans la solidarité et le dialogue interférentiel. Aristote, Descartes, Hegel sont rendus hommage par cette totalité vivante mise en place dans le conditionnement. L’ouverture est la réconciliation de la science avec elle-même, mais aussi du savant en route à la richesse du savoir diversifié, la totalité du savoir dans la ligue coordonnatrice de l’interdisciplinarité. Un grand événement à saluer, celui de l’ouverture des esprits dans le dialogue pour notre avenir existentiel d’après thèse mais aussi de celui de notre planète. Autrement c’est une épiphanie autour d’une synergie pour trouver entre autres une solution à notre planète moribonde. Et sur ce, le parler des posters est déterminant. Le problème du cancer, la question écologique, les problèmes de l’eau, les relations internationales, le dialogue culturel etc., toutes ces questions préoccupent des jeunes qui parfois n’ont pas assez de moyens pour arriver au bout de leur quête ; seule leur volonté leur sert d’aiguillon.
On nous objectera peut-être, selon les différentes perspectives qui jugent, une absence de créativité. Mais comme nous l’avons évoqué ci haut, que serait une créativité en dehors d’une mise en place d’idées mûries dans la concertation ? Aucun d’entre nous, livré à lui seul, ne serait en mesure de faire pareilles innovations. Il est vrai que toute aventure ou expérience a ses réussites et déboires. Mais l’idée de Molière citée ci-dessus doit nous éclairer davantage et activer notre devoir de reconnaissance.
Si au commencement était la sagesse chinoise interprétée à cheval entre l’engouement de l’ère du temps (l’avancée économique) et la spiritualité (la dose de sagesse), la fin nous a permis d’être plus optimiste pour dire qu’au seuil de la pointe du progrès, on a besoin de plus de sagesse pour de bonnes pratiques scientifiques.
Au-delà du titre, de la gloire, de la renommée, voilà notre petit traité de témoignage. En fidèle secrétaire de l’idée, on ne se réjouit que de sa présence lumineuse.
SEYE BOUCOUNTA
Poitiers, Département de Philosophie
LABO : C.R.H.I.A